Charles Despiau (Mont-de-Marsan, 1874 - Paris,
1946)
1904-1918, les premières années
Charles Despiau est né le 4 novembre 1874, à Mont-de-Marsan,
dans les Landes. Son père, comme son grand-père, était
plâtrier. Il a un frère, Louis, de huit ans son aîné,
qui mourra accidentellement à l’âge de 17 ans.
Charles Despiau accomplit sa scolarité au lycée de
sa ville, où il ne brille en aucune matière, sauf
le dessin et les arts plastiques. Son talent est remarqué
par son professeur de dessin qui le pousse dans la voie des Beaux-Arts,
voie que ses parents vont encourager également, ses premiers
admirateurs, sans doute.
En 1892, à l’âge de dix-sept ans, il s’inscrit
à l’école des Arts décoratifs, à
Paris, pourvu d’une bourse départementale qui l’aide
à s’installer dans la capitale.
En dehors de ces études, il apprend à tailler la
pierre avec des praticiens, dont, finalement, Halou (1900 - 1901).
Il tentera, début 1894, le concours d’entrée
à l’école des Beaux-Arts. C’est un échec.
Un échec qui ne l’empêche pas de s’inscrire
aux Ateliers de l’Ecole ; il choisit celui de Barrias. Un
an plus tard, il repasse le concours et est admis début mars
1895. Il a vingt et un ans. Le service militaire obligatoire interrompt
ses études, puis il retourne aux Beaux-Arts.
Même s’il y remporte un prix au “concours de
figure modelée”, Despiau est loin de l’enseignement
académique de l’Ecole : seule, ici, une bonne technique
lui vaut une récompense. Il ne s’affranchit pas tout
de suite de l’Ecole car il a besoin de sa bourse départementale
pour vivre.
Il a, depuis longtemps déjà, commencé à
fréquenter les musées, à emplir son regard
de formes classiques, particulièrement des antiques. C’est
bien là ce qu’il préfère, sans goût
pour l’académisme de l’époque, contre
un réalisme qu’il souhaite imprimer à son travail.
En
1904, il épouse Marie Rudel dont il est passionnément
amoureux. Elle lui servira plusieurs fois de modèle et cette
très jolie femme lui inspirera ses premiers portraits, épris
de vie intérieure et de caractère qu’il saura
si bien développer tout au long de sa vie.
Les débuts du couple sont particulièrement difficiles.
Charles Despiau ne gagne pas de quoi faire face aux dépenses
du ménage et, pour joindre les deux bouts, ils colorieront
tous deux des cartes postales. Cependant Charles Despiau persiste
dans la voie qu’il s’est tracée. Têtu ?
sans doute, et à juste titre. Il remporte des succès
d’estime élogieux, mais qui lui procurent peu de commandes,
ces commandes qui seront longues à venir.
Despiau et Rodin
Dès 1904, il a attiré l’attention de Georges
Wernert, alias Fortunio, critique d’art et haut fonctionnaire
(Despiau exécutera un premier état du buste de sa
première femme, en 1907, qui n’aboutira pas car Mme
Wernert meurt). Celle aussi de Claude Roger-Marx, l’un des
critiques d’art les plus en vue de l’époque.
Il a déjà exposé, dès 1898, au Salon
des Artistes Français. Au tout début du XX ème
siècle, il attire l’attention de Rodin qui, tombant
en arrêt, au Salon, devant le buste de Paulette, aurait dit
: “ça, c’est pour les fines gueules”. Rodin
engagera Despiau comme praticien, ce qui, financièrement,
va améliorer l’ordinaire du couple.
Cependant Despiau, toujours fort caractère et ennemi de
toute compromission, prévient Rodin qu’il veut bien
tailler la pierre pour lui, mais avec sa propre sensibilité,
son propre sentiment : pas de copie servile. Rodin accepte, sachant
qu’il a découvert un véritable artiste qui deviendra
un maître, dans son art. Il convient ainsi de réfuter
une légende répandue : Despiau ne fut pas élève
de Rodin mais un praticien, un simple collaborateur, décidé
à préserver sa propre vision de l’art.
Quelques
commandes, à part les pratiques pour Rodin (Mme Elisseief,
Gabritchevski, puis le Génie du Repos Eternel) lui viennent,
sans apporter une grande amélioration budgétaire.
Tout au plus lui auront-elles permis d’abandonner le coloriage
et de déménager, du boulevard des Batignolles où
il habite avec Marie, Villa Corot (1906), où il loue son
premier atelier. Aucun confort, certes, mais habiter Villa Corot
est vivre une vie bon enfant d’artiste parmi les autres. Et
puis, la Villa Corot, à l’époque, est presque
la campagne, où animaux de compagnie et d’élevage
domestique vivent librement, parcourant aussi bien cours et talus
qu’ateliers divers. Lorsque Rodin lui confie la taille dans
le marbre, de son “Génie du Repos Eternel”, destiné
alors au monument commémoratif pour le peintre Puvis de Chavannes,
il appartient à Rodin d’assumer les frais de location
d’un second atelier Villa Corot, pour mener à bien
ce travail : le “Génie” est monumental. Despiau,
en effet, n’a jamais travaillé dans les locaux de Rodin,
comme la plupart de ses praticiens. Ce qui ne l’empêche
pas de fréquenter les praticiens de Rodin, dont beaucoup
forment la “bande à Schnegg”, bande de sculpteurs
n’engendrant pas particulièrement la mélancolie...
La guerre de 1914 - 1918 arrive. Despiau, mobilisé, est
contraint d’abandonner son travail, les terres en cours de
modelage que Marie va tenter d’humecter le plus longtemps
possible pour éviter qu’elles se détruisent,
le “Génie” de Rodin dont la taille dans le marbre
n’est pas terminée. Il est affecté au service
du camouflage où, en dehors de ses heures obligatoires, il
continue à modeler, et surtout, pendant toute cette période,
se lie d’amitié avec d’autres artistes, amitié
fidèle et durable au-delà des années de guerre.
Enfin démobilisé à la fin de cette terrible
guerre, il peut constater les dégâts, Villa Corot,
sur les oeuvres en cours avant la guerre. Même régulièrement
humectées par Marie, son épouse, les terres se sont
pour la plupart cassées. Et puis, le marbre du Génie
qu’il taillait pour Rodin est inachevé. Les Commissaires
chargés de l’oeuvre de Rodin (qui en a fait don à
l’Etat, mais qui était mort en 1917) demandent à
Despiau de terminer la taille du Génie. Il refuse : le maître
n’est plus là pour en voir le bon déroulement,
décider une éventuelle modification à son œuvre
sculptée dans le marbre.
1919-1927, les premiers succès
Recommence alors une vie difficile sur le plan financier. Certes,
le succès d’estime ne se dément pas. Il se confirme.
Certes, quelques commandes, certaines importantes, telles la Circé
(1912) et le monument à Aristobulo del Valle (1914) pour
Buenos-Aires, en Argentine, le Monument aux morts de Mont-de-Marsan
(1920), et la Faunesse (1925) de Saint-Nazaire ; quelques commandes
de portraits : Mme de Boisdeffre, vers 1920, Mme Zunz (1921), Zizou
(Melle Faure, 1924, fille de l’historien d’art Elie
Faure) ; diverses plaquettes en relief (le Faune, 1912, Léda
et le Cygne, 1917, les Heures Claires et Idylle Comique, 1921),
insuffisamment rémunératrices permettront la survie.
Mais le succès commercial n’est toujours pas au rendez-vous.
Il continue à faire des portraits pour son propre compte,
avec des modèles, ses amis, comme Jean Weill (débuté
en 1914), Cra-Cra (Melle Mouveau, 1917), Mme Derain (1922), Nénette
(Mlle Wernert, 1923), Mme Léopold-Lévy (1923), Mme
Friesz (1924)... Quelques figures, aussi : Suzanne (1920), l’Athlète
au Repos (1923), le Nu Assis (dit aussi le Printemps, 1923).
Despiau
n’expose plus seulement au Salon. Il expose aussi dans des
galeries (galerie Barbazanges, sous contrat), où son talent
de dessinateur, mise à part la sculpture, est très
apprécié des amateurs. Despiau est un grand dessinateur.
C’est, pour lui, un délassement et on reconnaîtra
un coup de crayon d’une sûreté rare, celle où
tout amateur ne peut se tromper sur le talent et la sensibilité
de l’artiste. 1 500, 2 000 dessins, davantage ? On ne sait
guère. Il ne se passait pas un jour sans que Despiau dessinât,
un modèle ou l’autre : une détente... Le dessin
est sa deuxième passion, une passion où il excelle
- a toujours excellé, dès son séjour au lycée
- puissant, réaliste. Des dessins préparatoires à
la sculpture ? Nous dirons non. Que Despiau, littéralement
envahi par son modèle de l’époque, ait dessiné
selon ce modèle, est certain. Il nous semble cependant que,
lorsqu’on identifie un modèle dessiné qui est
aussi une sculpture, il convient plutôt de conclure que Despiau
était trop habité par son modèle pour dessiner
autre chose. Un prolongement donc, une inspiration unique qui le
conduit à traduire, dans une autre technique, l’objet
de sa grande préoccupation du moment. On peut observer que
Despiau a toujours travaillé, directement, d’après
son modèle. Ses recherches de “perfection” étaient
intenses (il s’en relevait la nuit...) et longues. Reprises,
d’une boulette par ci, par là, les terres modelées
n’étaient jamais définitives, rendues à
l’état de plâtre. Il les corrigeait encore à
la plastiline, longtemps, avant de livrer le plâtre définitif
au fondeur. Certains modèles ont posé deux à
trois ans, avant que Despiau considère leur buste ou leur
portrait abouti. Et encore ! Pire que n’importe quel critique
d’art chevronné, y trouvait-il souvent, trop souvent,
quelque chose à redire. Pour simple exemple de ce perfectionnisme,
considérons le portrait de la princesse Murat. Faut-il, pour
sa coiffure, la raie à gauche ou la raie à droite
? Dilemme ! les deux versions existent et, pour un oeil autre que
Despiau, on n’y voit guère de différence. Le
souci du moindre détail est énorme... Un souci qu’on
ne retrouve pas dans le dessin, conduit d’une main sûre,
sans questionnement, prestement exécuté, de main de
maître, d’où un nombre très important
de dessins, qu’il ne sera, nous semble-t-il, jamais possible
de cataloguer de façon exhaustive.
Mais parlons dates, puisqu’elles sont nos repères
historiques. En 1923, Despiau est membre-fondateur du Salon des
Tuileries avec, pour la sculpture, des noms encore célèbres
aujourd’hui, parfois oubliés du grand public contemporain.
Les sculpteurs Maillol (un musée à Paris, fondé
par Dina Vierny), Wlérick (qui partage le musée de
Mont-de-Marsan avec Despiau), Bourdelle (musée à Paris,
créé par sa fille), Dejean, Drivier, Bouchard (musée
créé à Paris par son fils), entre autres. Il
a été fait Chevalier dans l’ordre de la Légion
d’Honneur, le 20 octobre 1911, il sera Officier, le 19 mai
1926, ultérieurement Commandeur, le 31 juillet 1936. Pour
en finir avec les différentes décorations reçues
au cours de sa carrière, nous citerons : le 23 juin 1934,
sa nomination en tant qu’Officier dans l’ordre de Léopold,
par Léopold III, roi des Belges ; sa nommination à
l’Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm (Suède),
le 27 avril 1936 ...
En
1923, Despiau a 49 ans et la gloire n’est toujours pas au
rendez-vous, bien que la reconnaissance des spécialistes
lui soit largement acquise. C’est une sorte de “besogneux”
de la sculpture qui gravit progressivement les échelons,
parfaitement reconnu par ses pairs, apprécié des critiques
et de certains collectionneurs avisés (comme il en existe
aujourd’hui encore, en 2005) mais inconnu d’un grand
public dont il ne cherche pas les suffrages (il ne les cherche,
d’ailleurs, de personne. Sans doute heureux d’une reconnaissance
professionnelle, il ne va pas plus loin et ne rêve pas de
gloire). Il vit modestement, mais il vit de sa passion. Que demander
de plus ?
Son audience, entretenue par des critiques d’art enthousiasmés
par son travail, lui a permis d’exposer à l’Etranger,
à Prague et à Stockholm. En 1923, Eve, exposée
au Salon, à Paris, lui apporte éloges et attention.
En 1924, c’est un article, publié aux Etats Unis par
Forbes Watson, qui le signale à l’attention des Américains
pour la première fois. Il est particulièrement remarqué
aussi à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs
de 1925. Peu à peu, on le connaît dans les milieux
internationaux de l’art.
1927-1939, les années de gloire
Et c’est en 1927, à New York, que la gloire et les
commandes arrivent vraiment. Sa première exposition personnelle
est organisée dans la galerie de Joseph Brummer. Tout est
vendu, les commandes pleuvent littéralement Frank Crowninshield,
propriétaire du fameux magazine Vanity Fair, devient le plus
important collectionneur de Charles Despiau aux Etats-Unis (il revendra
sa collection lors de deux ventes publiques chez Parke-Bernet, à
New York, en 1943 et 1948). La presse américaine est élogieuse,
enthousiaste, le mot n’est pas trop faible. Tant, que la France
va s’en apercevoir et lui offre enfin, progressivement, la
gloire qu’il mérite.
En bon fils de famille modeste - soyons pratique -, Despiau, qui
a enfin des “sous”, acquiert un terrain rue Brillat-Savarin,
à Paris, tout près de la Villa Corot, et y fait construire,
en 1930, son atelier qui lui servira aussi d’habitation, comme
il se doit. Il n’a pas besoin d’un atelier monumental
(4,50 mètres sous plafond suffisent amplement, un atelier
de 60 mètres carrés, un autre, d’une trentaine)
: ses figures, même agrandies ensuite, ses portraits, ne demandent
pas un espace énorme. Il faut dire aussi que les ateliers
de la Villa Corot (qui accueilleront des artistes, puis des artisans,
puis à nouveau des artistes), pour l’anecdote, sont
sempiternellement menacés d’expulsion. Expulsion qui
interviendra dans les années 2000 : on avait largement le
temps ! Il achète une voiture. N’aimant pas conduire,
il s’alloue les services d’un chauffeur, Raymond, aussi
homme de peine, qui le conduit souvent dans les Landes où
il va chasser régulièrement, depuis toujours cette
autre passion, celle-ci bien landaise. Enfin, il achète une
maison sur les bords du lac d’Hossegor, y fait ajouter un
atelier, où, en séjours réguliers, il dessinera
beaucoup, entre autres des paysages.
Rien ne change pour Despiau, sur un plan personnel. Il a accueilli
la gloire et l’argent avec le même front qu’il
a supporté les jours difficiles. Seul, l’art compte
pour lui. C’est sa passion dévorante, qui obnubile
son existence entière, jusqu’à ne vivre qu’en
fonction d’elle, au mépris de toute autre considération.
En
1927, quand la gloire arrive enfin des Etats Unis, Despiau a 53
ans. C’est l’âge où, généralement,
une carrière est très avancée. Pour Despiau,
c’est l’âge de la reconnaissance professionnelle,
d’un véritable départ, celle qui va lui permettre
de vivre, avec Marie, dans le confort, jusqu’à sa mort
et d’honorer des commandes de portraits prestigieuses, où
ses modèles acceptent des délais d’exécution,
des temps de pose, invraisemblables : les portraits de Dominique
Jeanès (1925), de Mme Hodebert (1927), de Mme Henraux (1927),
de Mme Stone (deux versions, 1926 - 27)... Car Despiau, après
cette exposition chez Brummer, ne connaîtra plus la gêne.
Et il imposera son style, on le dit parfois “chef de file”
de l’Art indépendant.
Despiau est sollicité pour les honneurs. Il les accepte,
comme il acceptera toujours d’accueillir un jeune artiste,
à qui il ne pourra jamais non plus dire qu’il se fourvoie
ou qu’il est mauvais sculpteur. Leur enthousiasme est pour
lui un passeport suffisant. La technique, le métier, le “bien-réalisé”
faisant partie de l’évolution constante de chacun,
d’une recherche toujours plus poussée. Il conseille,
inlassablement, sans plus, respectueux de l’art de chacun.
Beaucoup, parce qu’ils ont rencontré et fréquenté
Charles Despiau, parce qu’ils ont parlé sculpture avec
lui, s’estiment son élève. Or Despiau, s’il
savait montrer, ne savait pas communiquer sur son art, encore moins,
critiquer. Despiau n’a jamais eu d’élèves...
Trop modeste pour concevoir qu’il détenait la vérité,
il laissait à chacun la tâche de trouver sa place.
Il acceptera un poste de professeur à l’Ecole scandinave
de Paris (1927), mais l’expérience dure très
peu. Il décline l’invitation de Kemal Atatürk
(1930) de prendre la direction de l’Ecole des Beaux-Arts d’Istamboul
: il n’est pas fait pour ces professions.
En 1930, Léon Deshairs, éminent critique d’art,
publie un livre sur Charles Despiau et ses oeuvres, une sorte de
Catalogue raisonné avant la lettre, qui demeure le seul publié,
aujourd’hui.
Les expositions personnelles, les rétrospectives de son
vivant vont se succéder. En 1937, il prêtera 52 sculptures,
presque autant que Maillol, à l’Exposition Universelle,
au Petit Palais, à Paris. Une consécration française
de son talent. Il a 63 ans, ce qui n’est pas trop tôt
pour une telle reconnaissance. Mais, souvenons-nous, Rodin n’a
pas connu beaucoup mieux, sortant comme il l’a fait, avec
obstination, des chemins de l’académisme... Accusé
même d’avoir moulé directement sur des corps
vivants, tant son talent était refusé par les académistes...
Considérons qu’en 2005, la réputation de Rodin
et l’engouement que l’on porte à ses oeuvres
sont bien vivaces ! Et c’est tant mieux, c’est reconnaître
à un véritable maître de la sculpture, ce qu’il
apporta sur le plan artistique à un siècle dont les
valeurs de l’art plastique subsistent encore.
Après l’exposition que Brummer avait organisée,
à New York, Charles Despiau est très sollicité.
On verra le modèle de l’Adolescente (débuté
en 1927), issu de Suzanne, littéralement “tronçonné”.
Avec ou sans bras. Sans bras et sans tête, sans bras, sans
tête, les jambes coupées, ou la tête seule :
mince exemple d’un découpage habituel chez beaucoup
de sculpteurs, mais qui nous offre des sculptures remarquables...
Et les demandes de portraits pleuvent.
L’oeuvre
sculpté de Despiau comprend un peu plus de 150 modèles.
Peu de modèles, au regard de sa longue carrière mais
aussi, du nombre de dessins qu’il a produit : finalement le
plus grand nombre d’oeuvres dans sa vie (mais un dessin, cela
prend peu de temps). Il nous livre les portraits de Maria Lani (1929,
deux versions), de Mme Meyer (1929), de Maud Chester-Dale (1931),
de Mme Pomaret (1930 - 34, deux versions), la Princesse Murat (1932),
Mme Fontaine (1933), Mme David-Weill (1936), Jacques Rouché,
directeur de l’Opéra (1936), et beaucoup d’autres.
La grande figure assise du Réalisateur, destinée au
tombeau de l’industriel luxembourgeois Mayrisch. Despiau est
à la mode, c’est la grande bourgeoisie de l’époque
qui commande son portrait. Il travaillera aussi, bien sûr,
avec des modèles professionnels, au buste d’Odette
(1934), à l’Odette Assise (1935), qui deviendra la
figure principale du Monument à Georges Leygues, à
Villeneuve-sur-Lot (fondu en 1950) ; à l’Assia, une
de ses oeuvres les plus connues. La place qu’il occupe, dans
l’art de cette époque, est impressionnante. Dans la
presse et la littérature contemporaines, il est au coeur
de la “sainte trilogie” : Maillol, Bourdelle, Despiau.
Pour l’exposition internationale de 1937, à part la
grande exposition au Petit Palais, Despiau s’était
vu confier la réalisation d’un Apollon qui devait,
en bronze et en plus de cinq mètres de hauteur, orner le
parvis du Musée d’Art Moderne de Paris. Commande d’importance.
Mais Despiau était incapable de se plier aux contraintes
de temps et préférait ne pas livrer, que de livrer
trop vite à son goût. L’Apollon, il y travailla
jusqu’à sa mort, en 1946 - dix ans -, le jugeant toujours
inabouti. L’Apollon fit l’objet d’une fonte posthume
: aurait-elle été cautionnée par Despiau ?
on n’en sait rien, même si certains critiques d’art
estiment qu’il s’agit de son “testament artistique”.
1939-1946, la seconde guerre mondiale, les années noires
Pendant la période de guerre, Despiau produit peu de portraits
: Mme Lindbergh (1939), le peintre Dunoyer de Segonzac (1939), Gisèle
Gérard (1939 - 1942), Mme Janninck, dite aussi “la
Suissesse” (1941), le Dr Debat, des laboratoires du même
nom (1942 - 1944), Edouard Pourtalé et Clotaire Boudy (1943).
En 1939, il a 65 ans, lorsque débute la seconde guerre mondiale.
Il n’est, bien sûr, pas mobilisable. Il jouit d’une
réputation, maintenant, de grand sculpteur qui va entraîner
des sollicitations pressantes et ce qui sera ainsi jugé,
après la guerre, des compromissions douteuses.
Depuis les années 35, il est tombé amoureux de sa
cousine par alliance - Odette - qui pose pour lui. A part le portrait
et les figures sculptés d’Odette, il fait d’elle
des dessins, remarquables.
L’emprise d’Odette - car il ne s’agit plus d’influence
- est très importante. Odette, dans ce déjà
vieux monsieur, parfois colérique mais timide, voit l’opportunité
de gagner sa fortune, du moins de s’établir, et elle
y travaille. Elle est jeune, elle est belle ; Marie, sensiblement
contemporaine de son mari, ne peut tenir la distance.
Odette, pendant la seconde guerre mondiale, n’est pas seulement
la maîtresse de Despiau, fort jaloux, mais qui n’y peut
mais. Elle cultive aussi des relations avec l’occupant.
A
la même époque, Arno Breker, que Despiau a connu dans
les années vingt en tant que très jeune sculpteur
avide de conseils, et qui est devenu le sculpteur officiel du Reich,
débarque à Paris, à l’Atelier de Despiau,
en uniforme allemand. Il est prié de ne revenir qu’en
civil, c’est le moins, et il fréquentera ensuite tous
ses autres amis français en civil, conscient du problème
qu’il leur pose. Mme Breker propose à Marie Despiau
le charbon qui manque à l’atelier comme partout ailleurs,
pour que Despiau continue à travailler. Elle se voit opposer
un refus catégorique : la guerre et sa boucherie de 14-18,
la haine viscérale de l’armée allemande ne sont
pas si loin, qu’on les oublie. Des croix gammées fleurissent
sur le muret de façade et le garage de l’atelier, rue
Brillat-Savarin : l’uniforme de Breker et sa voiture officielle
ne sont pas passés inaperçus. Elles sont effacées,
sans plus. Le couple Despiau continuera à se procurer son
charbon aussi chichement que tous les Parisiens, ne jouissant d’aucun
avantage particulier. Le travail est devenu difficile dans ces ateliers
glacés.
Mais revenons un peu sur le cas Breker. Arno Breker a fait partie
de la bande de Montparnasse, dans les années vingt. Il y
a fait la connaissance de beaucoup d’artistes, fréquente
les meilleurs sculpteurs de l’époque. Il se déclare
“parisien d’adoption” et c’est à
Paris qu’il veut faire carrière, espérant devenir
un nouveau Rodin. Il n’y parviendra jamais, considéré
par ses pairs : “honnête artisan, tâcheron sans
surprise, technicien limité”. Sans succès parisien,
il regagne l’Allemagne dans les années trente et liera,
par chance pour sa carrière professionnelle, une amitié
solide avec Albert Speer, architecte sans commandes, chargé
de la rénovation de Berlin et des grands travaux par Hitler,
peintre raté, à qui Breker-le-monumental va beaucoup
plaire. Son atelier en Allemagne comptera jusqu’à 120
praticiens. Quand Breker revient à Paris, avec l’armée
allemande, c’est donc tout naturellement qu’il rend
visite aux anciens, Maillol, Despiau... La suite, on en parlera
beaucoup.
Notons que Breker passera en jugement devant le Tribunal de Nüremberg
après la guerre. Il se voit infliger une amende de 100 marks
et ne sera pas davantage inquiété. Cependant, le monumental
est fini, faute de commandes, et il se spécialise dans le
portrait, genre où il connait un grand succès.
En 1941, sous le régime de Philippe Pétain, Despiau
est sollicité pour entrer à l’Académie.
Ce n’est pas la première fois mais, cette année,
il accepte de poser sa candidature. On a dit de cette candidature
qu’il estimait, à l’époque, que les artistes
français devaient faire bloc, une sorte “d’union
sacrée”. Nous sommes dubitatifs. Sa candidature est
rejetée ; il ne se représentera jamais, quelque part
soulagé, dit-on aussi, de ne pas “en être”.
Pour son malheur, Despiau, qui n’y voit toujours aucun mal,
continuera à fréquenter Arno Breker. Il va se compromettre,
participant, en toute naiveté, à un voyage des artistes
organisé sous l’égide du gouvernement allemand,
essentiellement par Arno Breker, en Allemagne. Beaucoup de photos
en témoignent. A cette époque, il est aussi très
ami avec le sculpteur Paul Belmondo (qu’il fait inviter à
ce “prestigieux” voyage), Vice-président, paraît-il,
de la section des Arts plastiques au groupe “Collaboration”,
comme Bouchard ou Friesz, qui vont tous, après la guerre,
farouchement contester ces vice-présidences, inscrits, disent-ils,
à leur insu, ce qui est bien possible et tout à fait
dans les méthodes de l’époque. Ainsi, en mai
1942, Georges Grappe avait organisé une réception
pour Breker, au musée Rodin. Qu’ils y soient allés
ou non, tous ceux dont le nom était mentionné sur
les listes d’invitation furent considérés comme
présents, ce qui leur valut quelques ennuis après
la guerre (comment prouver qu’on n’y était pas
?...).
Despiau croit - et c’est sa grande et impardonnable erreur
- qu’un artiste vit détaché de tout, hormis
son Art (et il n’est pas le seul), un art qui l’isole
de toute chose.
Il
croit, tout aussi fermement et comme les autres, à la promesse
de Hitler, de libérer, en contrepartie de ce voyage d’artistes
français, un certain nombre de prisonniers de guerre, sculpteurs
et praticiens (une pelure de correspondance, conservée dans
les archives de son Atelier, fait état de cette promesse.
On trouve le même double dans les archives de Landowski)...
Le voyage sera triomphal et largement exploité par la presse
de l’époque. On rapporte, à propos de Derain
qui n’apparaît sur aucune photo officielle de la visite
à l’atelier Breker, ce dont on s’étonne
puisqu’il y était par obligation, comme tout le monde
(sauf Maillol, malade au dernier moment et qui ne participe pas
au voyage), qu’il aurait répondu : “j’étais
caché derrière les couilles du cheval”... (Claude
Raphaël-Leygues, in “Voyage à contre-courant”
- Albin Michel, 1978 - page 145). Le résultat du voyage est
presque nul : quelques prisonniers sont libérés mais
l’ambassade d’Allemagne que Landowski interroge, lui
précise que les libérations ont été
stoppées après l’évasion du général
Giraud. Et on n’y reviendra pas. Attestent de la bonne foi
des artistes participant à ce voyage, les listes établies,
avant le départ, par le Salon d’Automne (Dunoyer de
Segonzac), par le Salon des Indépendants (Derain), par les
Artistes Français (Bouchard), par l’Ecole des Beaux-Arts
(Landowski). Gageons que, si un nombre conséquent d’artistes
français prisonniers avaient été libérés,
les attaques contre les artistes participant à ce voyage
n’auraient pas eu lieu.
Despiau sera également présent à l’Orangerie
des Tuileries, au vernissage de la grande exposition d’Arno
Breker à Paris, comme beaucoup d’autres sculpteurs
d’ailleurs, dont Maillol qui, cette fois, n’a pu y échapper.
Mais Breker a réussi à faire libérer Dina Vierny,
juive, considérée comme communiste - ce qui fait beaucoup
dans le contexte de l’époque - et Maillol doit bien
remercier Breker par sa présence. Despiau prêtera son
nom, en le signant, à un livre illustré des oeuvres
d’Arno Breker, paru chez Flammarion, sans doute écrit
par Jean-Marc Campagne (mais il l’a contesté). Despiau
ne peut en être l’auteur : il lit très peu (sa
bibliothèque est d’une pauvreté remarquable),
n’écrit jamais ; jusqu’aux rendez-vous qu’il
fixe à ses modèles pour une pose, sont écrits
par sa femme.
En bref, il fera ce qu’il faut pour se faire traiter de “collaborateur”
à la Libération, non par la justice française,
mais par un collectif d’artistes dont le secrétaire
général est le peintre Fougeron. Claude Raphaël-Leygues
(op. cité, pages 145 - 146) rapporte des propos du graveur
Daragnès qui disait de ce Comité qu’il était
“constitué de jeunes peintres qui n’avaient pas
eu grand mérite à ne pas l’effectuer (le voyage),
car aucun d’entre eux n’y avait été invité
!”. Le propos est acide. Le Collectif d’artistes en
question, qui prononce des « interdictions d’exposer
et de créer » ( !), ne sera d’ailleurs suivi
par personne, qu’il s’agisse du Salon d’Automne
ou, et encore moins, par un tribunal...
Les influences sont claires : Despiau ne s’est jamais intéressé
à la politique, ce qui ne lui a d’ailleurs pas valu
la manne des commandes d’Etat. Il y avait Odette et ses relations.
Arno Breker. Il y avait les copains de toujours qui commirent la
même erreur. Un bon cocktail pour une inconscience largement
partagée par tant d’autres artistes connus.
Ajoutons à cela que, si en 1914, les appelés sont
partis la fleur au fusil, c’était bien loin d’être
le cas en 1939. L’atmosphère des départs était
à la catastrophe. Personne n’avait envie d’aller
“en découdre”. Tous auraient souhaité
que les choses s’arrangent, d’où le succès
de Daladier, rentrant en France, après avoir honteusement
négocié avec Hitler. Avec Philippe Pétain,
le “vainqueur de Verdun”, ne l’oublions pas -
car cela lui vaut la confiance de la population française
- une ère de collaboration, progressive, s’était
ouverte, dont la majorité de la population hexagonale, occultant
les valeurs fondamentales de la République abattue (mais
en était-on vraiment conscient à cette époque
?), pensait qu’elle préserverait la vie de tous les
jours, dans la paix.
Il
faut, si l’on veut porter un jugement, rester dans le contexte
de ces années. La Résistance mit du temps à
se mettre en place, même si un De Gaulle avait pressenti les
réalités avant tout autre (il ne fut d’ailleurs
que tardivement reconnu par les alliés). Les communistes
français restèrent neutres un certain temps, respectant
les accords germano-soviétiques. C’est uniquement quand
les accords seront rompus par l’Union soviétique, qu’ils
entrent en Résistance. L’étendue des crimes
de Hitler et de ses commensaux ne sera vraiment connue qu’après
la libération. Encore fera-t-on état, à l’époque,
essentiellement des “politiques” et des résistants
déportés. Pour les juifs, les tsiganes et les noirs…
il faudra attendre.
En ce qui concerne une certaine catégorie d’artistes
français - ou bien vivant en France comme Picasso -, communistes
(bêtes noires des occupants. Picasso s’inscrit au Parti
en octobre 1944) ou non communistes, ils furent stigmatisés
très vite par l’occupant, usant à l’encontre
de leurs œuvres, du qualificatif « Art dégénéré
». Art contre lequel l’Allemagne conduisit des campagnes
de presse et des expositions dévalorisantes touchant un grand
public ignorant, aux antipodes de la recherche artistique, particulièrement
sensible à la propagande.
Despiau était en dehors de ce contexte et n’exposa
ni ne vendit, en Allemagne à cette époque. Il continua
à être exposé et vendu dans les pays non-directement
belligérants. Il n’exposa pas, hors le Salon et sa
galerie habituelle, à Paris, plus que de coutume. Il travailla
peu pendant la guerre et vendit très peu en France. Les préoccupations
étaient autres et tous souffraient de l’occupation,
du froid, du manque d’approvisionnement. Despiau avait supprimé
la voiture : pas d’essence.
Despiau meurt en 1946, peu après la Libération. Il
souffrait d’un cancer généralisé dont
la dernière phase fut une pneumonie mortelle. Il n’est
pas mort, comme on le lit parfois, de chagrin. D’une sensibilité
très fine, il fut catastrophé par ce qui lui arrivait,
et plus d’un de ses amis le verra sangloter de désespoir.
Les reproches qui lui ont été faits, l’”interdiction
de créer et d’exposer” – même si
elle n’a aucun caractère légal - qu’un
comité d’artistes, comme tant d’autres comités
spontanés, à cette époque, qui réglaient
souvent des querelles personnelles, prononça à son
encontre, ne sont pas étrangers à une fin hâtée.
L’issue de sa maladie était connue de tout son entourage.
Mais cet homme, reconnu, qui avait toute sa vie été
respecté de tous, se sentait dégringoler dans l’estime
d’autrui, il inspirait la haine de certains ; c’était
insupportable à vivre et il n’avait pas envie de se
battre. Il mourra très amaigri, desséché, le
28 octobre 1946.
1947 - , l’après Despiau, un testament d’artiste
peu banal
Dans les archives de l’Atelier de Charles Despiau, on trouve
son dernier testament et un document que le couple Jacquart, propriétaires
de la Galerie de l’Essor, ses derniers marchands et exécuteurs
testamentaires conjoints, firent signer à Odette. Elle y
abandonnait toute prétention sur l’héritage
de Charles Despiau (le testament olographe de l’artiste datait
de 1942, la lettre de donation à Odette d’avril 1946).
Elle rendait la lettre lui conférant des droits sur l’héritage
(lesquels ? on ne sait), qui fut détruite, contre une forte
somme en argent liquide. Le scandale, comme un éventuel procès
de succession, était évité.
Certains écrivent que Despiau, ayant commencé sa
carrière dans le dénuement, la termina dans le dénuement.
C’est inexact, même si cette allégation revêt
un aspect romantique - voire romanesque - qui n’échappera
à personne (“peintre maudit”, “sculpteur
maudit”...)
Lorsqu’il fut “interdit de création et d’exposition“,
les expositions continuèrent, comme la vente des œuvres.
Pour ce qui concerne l’interdiction de créer, il était
bien trop malade pour continuer à travailler vraiment. Mais
il avait largement de quoi vivre.
Revenons
au testament de Charles Despiau qui, comme celui de sa femme, Marie
Despiau, est archivé à l’Atelier (il est intéressant
parce que inhabituel). Et retenons-en les points importants. Charles
Despiau confia à ses derniers marchands, M. et Mme Jacquart,
« les pouvoirs les plus étendus en ce qui concerne
mon œuvre », dont le soin de suivre cette oeuvre et d’autoriser
ou d’interdire toute fonte de ses oeuvres. Marie était
ainsi exemptée de toute responsabilité et de tout
travail, récoltant le fruit des ventes et celui des publications.
Et c’était bien ainsi car elle n’allait pas se
transformer du jour au lendemain en marchand d’Art... A la
mort de Marie, en 1960, rien de changé : elle confirme les
dispositions testamentaires de Charles, bien que cela soit inutile,
puisque ces dispositions ne sont ni de son ressort ni de sa responsabilité.
Mais sa confirmation montre bien qu’elle était entièrement
d’accord avec son mari, pour les termes de son testament.
Elle nomme les Jacquart ses propres exécuteurs testamentaires.
Marie a légué les sculptures de son mari encore à
l’atelier, au Musée National d’Art Moderne (plus
de 250 oeuvres), à part des dons, dès 1949, au Musée
d’Art Moderne de la Ville de Paris et à diverses personnes
(famille, amis), dont l’association des Amis de Despiau et
de Wlérick, qui permettra la fondation du musée Despiau-Wlérick,
à Mont-de-Marsan, ville natale des deux sculpteurs. Les Jacquart
sont âgés et, après la mort de Marie, aucune
autre fonte ne sera plus réalisée, sauf celles demandées
par le musée de Mont-de-Marsan, d’après des
plâtres confiés par le MNAM et avec autorisation de
Mme Jacquart. Une fonte du musée est signalée, dans
un catalogue, comme autorisée par les Testemale (frère
et sœur, enfants d’amis proches des Despiau, et légataires
universels de Marie Despiau, mais uniquement de Marie qui, rappelons-le,
ne possédait pas les droits sur l’oeuvre) et, si tel
est le cas, elle est illégale, puisqu’ils n’ont
aucun droit sur l’œuvre de Charles Despiau. Ce droit
était toujours et uniquement dévolu aux Jacquart.
L’Atelier de la rue Brillat-Savarin revient à la cousine
de Marie, Marcelle-Blanche Kotlar. Elle hérite de ce que
la loi appelle les “objets meublants”, dont le plâtre
original (version définitive, car il y a plusieurs plâtres)
du “Génie du Repos Eternel” donné à
Despiau par Rodin et soigneusement conservé. Ce plâtre,
nettoyé et restauré, par don récent de M. Alain
Kotlar, figure maintenant à la collection des plâtres
du musée Rodin, à Meudon (fontes originales en cours,
à l’atelier Despiau). La maison d’Hossegor avait
été vendue par Marie de son vivant.
Pour ce qui concerne les publications, sur lesquelles Marie, héritière
de Charles, percevait des dividendes, ils sont alloués aux
Testemale, légataires universels de Marie. Ils sont légataires
universels de Marie, pas de Charles, et ne jouissent d’aucun
droit sur l’oeuvre, nous le répétons, tant sculpté
que dessiné de Charles Despiau qui en avait, comme on l’a
vu, disposé autrement (un cas de testament d’artiste
exceptionnel).
Les
droits de suite (financiers, sur les ventes d’œuvres),
perçus par l’A.D.A.G.P., doivent être dévolus
à la famille par le sang de Despiau, c’est la loi.
Après une recherche généalogique, ils vont
à ses cousins Caussin, les cinq derniers descendants par
le sang de l’artiste (cousins au 3 ème degré
par la mère de Charles, née Caussin) qui n’eut
pas de descendance directe. Aux cousins Caussin, ainsi, un pourcentage
sur toutes les ventes d’œuvres de Charles Despiau, aux
Testemale, un pourcentage sur les publications, hérité
de Marie Despiau.
Avec la mort de Mme Jacquart, en 1985, les droits de fonte et de
surveillance (droit moral) de l’oeuvre auraient pu tomber
en déshérence, ce qui aurait permis à n’importe
qui, de faire et aussi de vendre n’importe quoi.
Par la volonté de Mme Jacquart et par écrit, ils
ont été transmis, dès 1978 (“je lui passe
la totalité de mes pouvoirs”), à M. Alain Kotlar,
qui s’est engagé à surveiller l’oeuvre
après sa mort, et à rassembler les éléments
d’un Catalogue raisonné de l’oeuvre sculpté
de Charles Despiau. Il hérite, en 1997, de l’Atelier
de Charles Despiau et de ses archives, par sa mère, Marcelle-Blanche
Kotlar, artiste-peintre, ainsi que son mari, Benjamin.
Aujourd’hui, M. Alain Kotlar, expert U.F.E. (Union Française
des Experts) pour l’oeuvre de Charles Despiau, cousin par
alliance de Charles Despiau, peut se targuer d’être
son plus important collectionneur privé. Il a racheté,
au fil des années, des oeuvres tant sculptées - plâtres
et bronzes - que dessinées. Les archives existantes, jointes
à un travail de documentation très important permettent
aujourd’hui la rédaction finale d’un Catalogue
raisonné de l’oeuvre sculpté, dont la publication
est projetée sous deux ans et, sans doute, d’expositions
de sculptures et de dessins dont le charme ineffable et la “patte”
indéniable sauront reconquérir un public plus vaste
que celui, restreint mais jaloux de sa passion, des collectionneurs
et des professionnels de l’art actuels.
Paris, Atelier Charles Despiau, février 2005. |